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L’Accord parfait, mot de passe pour l’intégration

Troyes- Depuis six ans, cette association travaille à une meilleure intégration des personnes d’origine étrangère dans les quartiers populaires
« À mon arrivée en France, j’ai été surprise de voir que des personnes qui vivent ici depuis vingt ou trente ans ne parlaient pas le français alors que la langue est le vecteur essentiel d’intégration ». Voilà pourquoi Fatem Chaumont a créé l’Accord parfait en septembre 2005. Originaire du Maroc, elle venait de s’installer à Troyes où son époux français était nommé.
« La plupart de ces immigrés sont arrivés ici avec l’idée de retourner chez eux le plus tôt possible, explique-t-elle pour rappeler le contexte. Mais le temps est passé, ils ont fait leur vie ici et ont eu des enfants qui sont français. Beaucoup de femmes étaient entièrement dépendantes de leur mari ou de leurs enfants pour leurs démarches, et n’ont pas cherché à s’intégrer. Aujourd’hui, elles ont un certain âge, leurs enfants sont partis, leur mari est parfois décédé, et elles ont du mal à être autonomes parce qu’elles ne maîtrisent pas la langue ».

 

Une chorale qui chante en français et en arabe

C’est pour ces femmes, et plus largement pour tous ceux qui n’ont pas été scolarisés en France, que Fatem Chaumont a voulu l’Accord parfait. Un nom emprunté à l’univers musical parce qu’elle avait dans l’idée de créer une chorale. Et qui symbolise bien la recherche d’accord entre le français et l’arabe, entre les personnes d’origine arabe et la société française.
Elle a d’abord cherché à leur faire découvrir le français par la lecture et l’écriture. Dans le même temps, elle a aussi proposé des cours d’arabe pour les enfants. Deux ans plus tard, grâce au partenariat noué avec le conservatoire de Troyes, elle monte la chorale dont elle rêvait. « Un professeur de chant du conservatoire leur faisait travailler les textes en français. Et un luthiste préparait des chants en arabe pour les enfants », décrit-elle. La chorale a très bien fonctionné pendant deux ans mais a dû être mise en sommeil en 2009.

 

Apprendre à se déplacer

Entre-temps, l’association a vu évoluer son public. Des personnes d’origine immigrée, arrivées ici récemment, cherchent à apprendre le français pour pouvoir travailler ici et s’insérer socialement. L’Accord parfait a mis en place à leur intention, outre des cours de français, des ateliers d’autonomie. Notamment pour savoir se déplacer en ville sans dépendre de quelqu’un et sans avoir peur parce qu’on ne sait pas. « On leur apprend des choses qui peuvent paraître évidentes à d’autres, comme lire l’heure, se repérer sur un plan, calculer la durée d’un trajet à pied ou en bus », précise Fatem Chaumont. L’association s’appuie sur un jeu de l’oie adapté pour faire découvrir Troyes. Des sorties sont ensuite organisées pour « s’approprier la ville ».
Dans ces ateliers mobilité, les stagiaires apprennent à se déplacer à pied ou en bus, en partenariat avec la TCAT. Et plus récemment, la création d’un atelier vélo a connu un très gros succès.
L’association bénéficie de financements de la municipalité, du Grand Troyes et de l’État, dans le cadre de la politique de la ville. Elle tourne aujourd’hui à plein régime grâce à deux salariés et dix bénévoles. Sous l’impulsion de Fatem Chaumont, qui fourmille d’idées, tous continuent à œuvrer à la recherche de l’accord parfait entre la société troyenne et ses immigrés.

L’Est Eclair – jeudi 03 novembre 2011